Grève des éboueurs : « le contrôle du travail a été confié au coeur même du système clientéliste »

SOCIÉTÉPublié le 3 février 2015 à 18h30

C’est l’histoire qui a, une fois de plus, animé l’actualité marseillaise des deux dernières semaines. Les poubelles ont encore débordé dans les rues de Marseille pendant les six jours de grève des éboueurs. Les montagnes de détritus ont poussé alors que les habitants s’exaspéraient. Sur les réseaux sociaux et dans les médias, ils ont été nombreux à exprimer leur dégoût et/ou leur incompréhension quant à la situation.

10 agents redéployés et un autre gros conflit à venir

Le coeur du conflit se concentrait sur les effectifs. Force Ouvrière, le syndicat majoritaire, demandait 10 personnes supplémentaires pour pouvoir assurer un service correct. La question des GPS perçus comme des outils de « flicage » a également fait débat. Pour Guy Tessier, le président de la communauté urbaine, cet outil devait surtout permettre « d’optimiser l’organisation des tournées et ne servira plus à effectuer des rappels à l’ordre ». Pour ce qui est des effectifs, MPM s’est engagé à redéployer « 10 agents titulaires au sein de la direction de la propreté […] dans les secteurs 9/10 et 11/12″.

En apparence, les négociations ont donné satisfaction aux deux parties. FO a obtenu gain de cause et la communauté urbaine n’a pas eu à mettre la main à la poche. Toutefois, pour Pierre Godard, syndicaliste et co-auteur du livre Éboueurs à Marseille, le tableau n’est pas aussi rose qu’il parait. « Personne […] n’a le texte de l’accord ! affirme-t-il Cet accord cache évidemment plusieurs bombes à retardement ». Pour l’ancien éboueur, il est certain que « dans les 18 prochains mois, un nouveau gros conflit aura lieu ».

D’après lui, le problème ne vient pas du fini-parti comme beaucoup l’ont cru : « l’immense majorité du travail de collecte des ordures ménagères fait appel au système de travail à la tâche ». En effet, dans les plus grandes villes de France on applique le principe du fini-parti sans que cela ne pose problème. Quel serait l’intérêt de forcer un agent à rester en service alors qu’il n’y a plus de poubelles à ramasser ? Si l’on transpose cela à un autre métier, on comprend bien que le fini-parti est le mode fonctionnement le plus pertinent. Par exemple, un carreleur arrête de travailler une fois son oeuvre achevée. Nul ne saurait lui demander de rester au travail sous prétexte qu’il pourrait trouver quelque espace à carreler.

« À Marseille, il n’y a pas de contrôle »

Mais alors pourquoi à Marseille, le fini-parti des éboueurs suscite-t-il tant d’animosité ? Parce que le travail n’est pas fait correctement répondront beaucoup de Marseillais, souvent à juste titre d’ailleurs. Pour Pierre Godard, le problème résiderait davantage dans le contrôle du travail que dans le nombre d’heures effectuées. « Il n’y a pas de contrôle, c’est pas moi qui le dit mais la chambre régionale des comptes : il y a, à Marseille, 0,13% (*) d’encadrement dans le service de la propreté ! » pointe-t-il, ironique. « Le contrôle du travail a été confié au coeur même du système clientéliste, c’est à dire cette couche d’agents de maitrise historiques qui font le coeur du système de cogestion marseillais ».

Mais Pierre Godard ne se contente pas de dénoncer. Pour lui, il faut rompre avec « ce système abracadabrantesque » qu’est le système clientéliste en vigueur depuis 80 ans à Marseille. D’après M. Godard, ce « petit système » est en place depuis l’époque de Simon Sabiani (1er adjoint au maire de Marseille de 1929 à 1935) et n’a fait que perdurer sous Gaston Defferre, puis Robert Vigouroux et aujourd’hui Jean-Claude Gaudin. Pierre Godard souhaite que toutes les organisations syndicales et les institutions s’assoient autour d’une table pour « négocier autour d’un projet de service public. »

(*) Les chiffres que nous avons pu vérifier datent du rapport de la Chambre régionale des comptes de juillet 2007 dans lequel celle-ci souligne que « la direction de la propreté urbaine ne compte que 52 agents pour encadrer 2098 agents de catégorie C » soit environ 2,5%. Pour plus de précisions consulter le rapport ici.

Hugo Lane
@LaneHugo

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