Rue de Ruffi : deux écoles, deux mondes différents

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ÉDUCATIONPublié le 19 février 2015 à 19h00

Marseille est une ville plurielle. Une ville où l’ambiance change au gré des quartiers que l’on traverse. Au point que l’hyper-proximité entre les plus aisés et les plus modestes peut parfois mettre mal à l’aise. L’une des traductions les plus saisissantes de ce phénomène se trouve rue de Ruffi (Marseille, 3e). Une école en préfabriqués délabrés fait directement face à une école privée flambant neuve. Entre elles deux : une route en forme de gouffre social et un passage piéton qui ne saurait servir de pont entre ces deux mondes qui se croisent sans se voir.

« Qu’est-ce qu’on attend ? Qu’il arrive quelque chose de grave ?« 

Mercredi 18 février, les parents d’élèves étaient mobilisés sous la bannière « Les oubliés d’Euromed » devant l’établissement. L’école Ruffi a été créée en 2002 pour accueillir les élèves du groupe scolaire Vincent Leblanc (Marseille, 3e). Une solution qui devait être provisoire mais qui dure et empire. La classe se fait dans des préfabriqués « chauds l’été et froids l’hiver, nos enfants sont tout le temps malades ! » s’indigne une maman d’élève. En 2004, la mairie de Marseille a décidé que l’école Ruffi ne serait pas une solution simplement temporaire. Depuis, l’école a vu sa fréquentation augmenter, passant de neuf classes à quatorze pour atteindre un total de 350 élèves aujourd’hui.

La Mairie de Marseille loue l’emplacement de l’école à la société ANF Immobilier. La municipalité y a placé les préfabriqués et loue également une pièce d’un immeuble mitoyen. Celle-ci abrite la salle de motricité, l’infirmerie et les toilettes des garçons. Sauf qu’en fin de semaine dernière un morceau de plafond de l’étage supérieur est tombée au dessus de la pièce occupée par l’école. La raison : un dégât des eaux. Un grand bruit s’est fait entendre et a conduit une enseignante à sortir son groupe de la salle d’activité. Dès lors la coupe était pleine : « qu’est-ce qu’on attend ? Qu’il arrive quelque chose de grave ? » questionne Halima Sayah, déléguée de parents d’élèves inquiète. C’est ce qui l’a poussée avec d’autres parents d’élèves à se mobiliser et faire une pétition.

Une mise en demeure d’ANF niée

Danièle Casanova, adjointe au Maire déléguée aux écoles maternelles et élémentaires, affirme que « la société ANF, propriétaire d’une partie du bâtiment, a été mise en demeure et sera tenue de réaliser les travaux de réparation nécessaires pendant les vacances scolaires« . Des propos niés par Thierry D’Amore, directeur régional de l’ANF, « nous n’avons reçu aucune injonction de la ville. Un morceau de plafond est tombé mais c’est un dégât domestique comme il en arrive beaucoup. Il n’y a aucun risque d’effondrement du bâtiment » assure-t-il au micro de CityPost.

« Il y a quelque chose de symbolique dans notre situation : c’est l’école de la république face à l’école privée. Deux univers qui cohabitent sur un même territoire sans appartenir au même monde » analyse Kheira Jhumka, déléguée de parents d’élèves. « Jean-Claude Gaudin a découvert notre école en venant inaugurer celle d’en face ! On est délaissé, abandonné ! C’est intolérable, les installations sont vétustes » renchérit Mme Sayah. Mais ce qui les scandalise au plus haut point, ce n’est pas l’étroitesse de la cours de récréation ou le fait que les enfants n’aient pas de couloir avec des porte-manteaux pour placer leurs habits, mais le fait qu’à l’époque, elles aient eu de meilleures conditions de travail que leurs enfants. « La situation s’est empirée, ça vous semble normal ça ? Nous tout ce qu’on demande c’est que nos enfants puissent évoluer dans un monde où ils ont les mêmes chances que les autres » martèle Mme Jhumka.

« Ruffi, école de la honte de Marseille »

Contactée par CityPost, Danièle Casanova annonce une rencontre avec Bernard Morel, le président d’Euromediterranée, en compagnie du Maire de Marseille Jean-Claude Gaudin mardi 24 février. Une réunion placée sous le signe de l’espoir : trouver un emplacement pour la nouvelle école Ruffi. Les représentants des parents d’élèves souhaitent également rencontrer l’élue, pétition en main et avec des attentes concrètes. « Tant qu’on n’arrive pas à un accord on restera mobilisés. On veut du noir sur blanc, une date, un lieu, bref du concret ! » affirme Faiza M’Barek, déléguée de parents d’élèves.

Si cette rencontre ne leur donne pas satisfaction, ces mamans engagées ont déjà prévu de se rassembler chaque mercredi après-midi devant leur école jusqu’à ce qu’elles obtiennent gain de cause. Elles ont même déjà en pensé aux slogans : « Trop de bla-bla pendant 11 ans ! » « Ruffi, école de la honte de Marseille » ou encore « Ruffi en fin de vie » avant d’ajouter « en fin de vie, à seulement 11 ans, vous vous rendez compte… » le sourire aux lèvres.

Hugo Lane
@LaneHugo

 

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