Loïc Gachon : « Cap Horizon, pour répondre aux besoins des entreprises du 21è siècle »

ENTRETIENPublié le 12 mars 2015 à 18h00

Une Zone d’Activité avec des bureaux, des commerces, des hôtels, des restaurants, tout cela entre une gare, un aéroport et des zones industrielles… C’est le projet « d’envergure métropolitaine » prévu à Vitrolles sur environ 120 hectares. Où, quoi, comment, quand et combien ? Nous avons posé toutes ces questions à Loïc Gachon, Maire de Vitrolles, Vice-Président de la Communauté du Pays d’Aix (à l’origine du projet) et Conseiller Général des Bouches-du-Rhônes.

Andréa DuboisQu’est ce que le projet Cap Horizon ?

Loïc Gachon – Le projet « Vitrolles Cap Horizon » est un projet de la Communauté d’Agglomération du Pays d’Aix (CPA). Il part du constat tout simple que Vitrolles a une Zone d’Activité très importante, très vascularisée avec l’autoroute A7, l’aéroport à côté, la gare TGV pas loin ; et en même temps des problèmes de connections lourds, et un problème de vieillissement également. Donc, on regarde quelle est la potentialité du site et puis il se trouve qu’au milieu il y a la gare TER, qui est sur le plateau de l’aéroport, 35 mètres en dessous de la Zone d’Activité. Alors comment on peut améliorer les choses ? Connecter cette gare TER aux entreprises qui se trouvent sur le plateau des Estroublans, et aux Vitrollais qui habitent aussi au delà de l’autoroute, c’était ça le premier enjeu.

A.D – Comment comptez-vous vous y prendre ?

L.G – C’est relativement simple, il y a 35 mètres de dénivelé, on traite cela comme pour n’importe quelle station de métro (c’est par exemple la profondeur de la station Estrangin/Préfecture à Marseille) ou gare, avec du mobilier urbain classique, un escalator ou un ascenseur, des choses de ce type. Sur le haut, on sait que le Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) va être mis en place à partir de 2016 et il dessert la zone de Cap Horizon. En bas on travaille avec l’aéroport et Airbus Helicopters, pour relier la gare TER jusqu’aux terminaux de l’aéroport avec un transport cadencé en site propre qui fonctionne bien. C’est aussi un site qui est très proche de l’autoroute et qui doit pouvoir capter une partie du flux des voitures qui rentrent sur Marseille pour qu’elles s’arrêtent là et que l’on fasse préférer le train et que l’on désengorge l’autoroute A7 en particulier.

Tant que les outils n’existent pas, on ne peut pas avoir d’objectif chiffré en matière de fréquentation des transports en commun. Le potentiel de la gare est énorme, même si elle ne fait pour le moment que 600 voyageurs par jour, car elle dessert la ville de Vitrolles, l’aéroport, Airbus Helicopters et les zones d’activités. Donc on travaille sur la stratégie en matière de transports, et les objectifs chiffrés viendront ensuite, lorsque l’on aura les équipements. Tant que l’on a pas cette offre, on ne peut pas demander aux usagers de privilégier le train, parce qu’aujourd’hui ce n’est pas une opportunité, pas une possibilité qui existe.

A.DQuel est le deuxième enjeu de ce projet ?

L.G – Le deuxième enjeu, une fois que l’on a traité la question de la mobilité, c’est comment faire monter en gamme la zone d’activité des Estroublans pour répondre aux enjeux de l’économie aujourd’hui […] Comment on offre la possibilité aux entreprises qui sont sur le territoire ou qui souhaiteraient s’y installer de trouver du foncier, des bâtiments qui correspondent à leurs besoins. Les zones d’activités de Vitrolles ont été pensées au début des années 60, et elles répondaient aux besoins des entreprises de l’époque. Or aujourd’hui, ces entreprises n’ont pas du tout les mêmes besoins. L’idée c’est de profiter de Cap Horizon pour faire un genre de rénovation de la zone d’activité des Estroublans.

On ne va pas construire une zone à part, de toute façon à Vitrolles on n’a pas la place ! En revanche on va profiter des quelques terrains vides, et en acheter d’autres (par l’intermédiaire de l’Etablissement Public Foncier Régional) pour pouvoir proposer une offre foncière nouvelle qui correspond aux besoins de ces entreprises, qui sont souvent des PME de la nouvelle économie productive. La zone sur laquelle nous allons acheter des terrains et effectuer du remembrement économique s’étend sur une vingtaine d’hectares. L’emprise totale du projet étant de 120 hectares.

A.DQuels types de services va t-on trouver ?

L.G – Ce qui est prévu, c’est déjà tous les services liés à la gare, des services commerciaux classiques, sans doute des pôles de restauration puisque l’on est un peu carencé, un parking Silo important et des services liés à ce parking. Le reste est encore hypothétique même s’il est question d’hôtellerie. Normalement on devrait s’arrêter là puisque l’objectif est avant tout de répondre aux besoins de l’économie productive.

A.DEn terme d’emploi, quels sont vos objectifs ?

L.G – La ville de Vitrolles a été pensée, construite et développée sur l’idée que l’on allait construire des logements et des emplois et que l’on aurait les emplois pour les logements. Or cette promesse de départ n’a pas été tenue. Aujourd’hui à Vitrolles c’est plus de 20 000 emplois, c’est plus que la population active, mais il y a toujours autant de chômeurs que la moyenne dans cette ville. On table sur la création de 5 000 à 9 000 sur 10 ans sur le secteur de Cap Horizon. On veut montrer que même si les Zones d’Activité sont perçues comme vieillissantes, cet espace est dynamique et très bien placé pour faire de l’emploi et de l’activité économique, il a juste besoin de monter en gamme.

A.DQuelles sont les différentes étapes du projet ?

L.G : Le projet a germé dans nos esprits il y a deux ans. On travaille dessus depuis, et l’on est entré en phase opérationnelle en 2014 avec la déclaration d’intérêt communautaire du projet et avec le projet de création d’une Zone d’Aménagement Concerté par la Communauté du Pays d’Aix. Cette ZAC devra être validée d’ici la fin de l’année 2015 pour avoir les premiers travaux en 2016.

A l’heure actuelle, on a pris parti de libérer du foncier dans le secteur de l’aéroport. C’est l’Etablissement Public Foncier Régional qui va commercialiser 2,5 hectares à proximité de l’aéroport, afin de tester nos scénarios immobiliers. C’est à dire étudier s’il y a de la place, quel type d’immobilier on va avoir, si l’on répond à des besoins, si il y a des besoins, s’il y a des attentes, si cela fonctionne tout simplement. Cette phase de test démarre en février/mars et puis il y aura la partie commercialisation du reste de la ZAC en 2016.

A.D – Qu’est ce qu’une Zone d’Aménagement Concerté ? Pourquoi l’avoir choisie ?

L.G – La ZAC est une opération publique d’aménagement de l’espace urbain initiée par la Communauté du Pays d’Aix, le but étant d’apporter et de réaliser des aménagements et des équipements des terrains que nous possédons pour ensuite les vendre. La ZAC est une procédure qui oblige la concertation, c’est dans le titre ! Cela implique un travail de concertation. Nous avons choisi de le faire sur différents horizons parce que le projet lui même est multiforme avec la dimension mobilité, la dimension économique, ce n’est pas une zone nouvelle et elle vient répondre à des besoins qui existent donc il fallait rencontrer à peu près tout le monde.

Au delà des grands partenaires tels que l’Aéroport, Airbus Helicopters, le Conseil Général et le Conseil Régional qui font partie du comité de pilotage tenu par la CPA, il a fallu rencontrer les entrepreneurs de la Zone d’Activité pour entendre leurs besoins, leurs attentes tant en terme de mobilité pour leurs salariés, qu’en terme de foncier pour leur développement ; et puis rencontrer la population parce que l’idée c’est aussi de se ré-approprier la Zone d’Activité et de lui donner des fonctions urbaines comme permettre aux Vitrollais demain de rejoindre Marseille en 10 minutes.

A.DQuel est le retour de ces concertations ?

L.G – Aujourd’hui c’est une image plutôt positive d’énergie, d’envie et d’adhésion au projet. Il y a quelques questions qui demeurent autour de la partie des Estroublans plus ancienne et la partie Cap Horizon plutôt « nouveau standing », mais on va les traiter petit à petit. Mais ce qu’il faut éclaircir c’est que non ce n’est pas un projet énorme, il est relativement réduit dans son coût et dans sa durée. En revanche il a un fort effet levier sur la partie mobilité mais aussi, on l’espère, sur la partie réhabilitation et modernisation des Estroublans pour répondre au besoin des entreprises du 21ème siècle.

A.DVous espérez avoir terminé à l’horizon 2020 ?

L.G – Oui c’est l’objectif. Après, on sait quand on commence ce genre de chose mais on ne sait pas toujours quand on finit parce que l’on est sur des logiques d’offre et de demande. S’il y a beaucoup de demandes, cela ira plus vite, s’il y en a moins ce sera plus long.

A.D – Combien est ce que va coûter le projet global ?

L.G – Le coup global du projet avoisine les 65 millions d’euros sachant qu’il reste à consolider ces coûts. C’est un coût très important mais dans ces 65 millions d’euros il y a toute l’acquisition foncière pour environ 30 millions d’euros qui pèsent sur le bilan. En face de cela on va vendre le foncier pour l’installation des entreprises. Donc ce qui compte c’est le bilan de la ZAC, c’est entre les dépenses et les recettes ce qu’il reste à charge de la collectivité. Et là aujourd’hui on estime entre 7 et 15 millions d’euros le reste à charge des collectivités.

A.D –  Peut-on envisager une hausse des impôts pour les Vitrollais ?

L.G – Non d’abord parce que ce n’est pas une compétence de la ville de Vitrolles. La Communauté du Pays d’Aix gère ses projets, parfois beaucoup plus chers, sans avoir recours à l’impôt ménage de manière significative. Donc il n’y a pas de risque particulier. Il peut y avoir un impact positif sur les rentrées fiscales, puisque les entreprises qui vont s’installer ici vont peut être contribuer d’avantage à la fois à la commune et à la CPA.

Andréa Dubois
@Dubois__Andrea

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