Osiris : des mots sur les maux

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SOCIÉTÉPublié le 5 mars 2015 à 14h00

Un nom hérité de la mythologie égyptienne, 15 employés et 150 patients de 26 nationalités différentes accueillis ; voilà comment présenter Osiris en quelques chiffres. Cette association basée au 10 boulevard Cassini (Marseille, 4e) apporte un soutien thérapeutique aux réfugiés politiques. Créé en 1999, Osiris est un lieu d’écoute et de parole pour les victimes de tortures et de répression politique. Ici on soigne avec des mots. Le nom de l’association vient du dieu du panthéon égyptien. Victime d’un complot, Osiris est tué et coupé en morceaux puis reconstitué par sa soeur Isis. L’action d’Osiris, c’est cette dernière étape : la reconstruction.

« Je suis à la fois choquée et admirative des itinéraires des patients. Ils ne rentrent pas nécessairement dans les détails mais c’est toujours dur et touchant à la fois » affirme Julia Masson, coordinatrice chez Osiris depuis 2007. Les exodes très longs, très douloureux et très chers s’achèvent dans un pays dont le migrant ne connait rien, ni la langue, ni la culture.  Chez Osiris, beaucoup d’entre eux viennent d’Afghanistan ou du Nigéria, mais il y a aussi des Tchétchènes, des Kosovars, des Roms de Serbie, des Syriens, des Égyptiens et même une famille Mongole.

« La douleur est liée à la perte d’une situation »

Côté symptômes, les quelques 1 300 consultations dispensées chaque année ont permis de mettre en lumière des constantes. Les patients sont par exemple sujets à des maux de tête, des insomnies et des cauchemars. Cela peut s’accompagner de dépression, de perte de mémoire ou encore de difficultés à se repérer dans le temps et l’espace. « Les réfugiés politiques avaient souvent une situation professionnelle et sociale assez haute, et ici ils ne sont plus rien ! La douleur est liée à la perte d’une situation » analyse Julia Masson.

Osiris ne grille pas les étapes. Les derniers arrivés passent un entretien d’accueil à l’issue duquel ils sont orientés vers le mode de thérapie le mieux adapté : séances individuelles, collectives ou en couple/famille. Deux membres de l’association au minimum assistent à chaque séance : un thérapeute (psychologue ou psychiatre) et un interprète. Dans certains cas, les expériences sont si difficiles qu’il est très compliqué de mettre des mots dessus. « Nous passons alors par un média comme le dessin par exemple, lors de séances de groupe » précise Julia Masson.

Des résultats mais une longue liste d’attente

« Nous obtenons généralement d’assez bons résultats. Les personnes placées chez nous réussissent à mettre des mots sur leurs souffrances et peuvent retrouver un semblant de vie normale » se félicite Julia Masson. Avant de relativiser : « mais nous ne sommes que le maillon d’une chaine, beaucoup d’autres acteurs entrent en compte pour arriver à un tel résultat ». Sur le plan scolaire, la réussite est aussi palpable. D’après Osiris, de nombreux enfants de réfugiés politiques sont premiers de leurs classes « car pour leurs parents, de classes sociales supérieures dans leurs pays, l’école est quelque chose d’important et ils la placent au coeur de leurs attentions » décrypte Julia Masson.

Sur le plan financier, Osiris a un budget de 300 000 € par an provenant de différents acteurs. L’ONU, les fonds européens, les collectivités territoriales, l’Agence régionale de santé sont autant d’institutions qui permettent à l’association de vivre. Il y a également les dons qui représentent plus de 15 000€. À la rentrée 2014, l’association a emménagé dans des locaux totalement accessibles  aux personnes à mobilité réduite et flambant neufs sur le boulevard Cassini (Marseille, 4e). Un changement d’adresse encourageant pour l’action de ce centre unique dans le sud-est et chez qui la liste d’attente s’allonge chaque année.

Hugo Lane
@LaneHugo

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