Comète tchouri : entretien avec Olivier Mousis

SCIENCESPublié le 27 novembre 2015 à 18h57

Nous en avions déjà parlé sur CityPost, Marseille est à la pointe de la recherche scientifique en matière d’astrophysique grâce aux travaux effectués par le Laboratoire d’astrophysique de Marseille (LAM). C’est au sein de cet institut qu’a été conçue en partie l’optique de la caméra de la sonde Rosetta qui orbite autour de la comète Tchouri depuis un an. Depuis de nombreuses informations ont été remontées grâce à la sonde Rosetta et au petit robot Philae qui a réussi l’exploit de se poser à la surface de la comète. Dans ce cadre nous avons reçu Olivier Mousis, enseignant-chercheur au LAM, pour faire un point sur les dernières découvertes.

Le travail d’Olivier Mousis consiste à confronter les hypothèses d’astrophysique aux données remontées par les différentes sondes qui se baladent dans le système solaire. Dans le cas de l’étude de Tchouri, il s’agit d’interroger ce témoin privilégié de la formation du système solaire pour vérifier les théories scientifiques qui s’y rapportent. Et le moins qu’on puisse dire c’est que les données remontées par la mission Rosetta apportent leur lot de questions quant à la formation du système solaire. Il est communément admis que les comètes, de par leur petite taille, ont été très peu sujettes à l’évolution du système solaire depuis sa formation. Elles sont donc les meilleurs témoins des conditions initiales de formation de celui-ci.

La découverte d’un paradoxe révolutionnaire

Les scientifiques de la mission épluchent toutes les données issues des instruments de la sonde et sont récemment tombés sur un os : la découverte d’oxygène en quantité importante dans la « coma », la queue de la comète. Non que la présence d’oxygène soit extraordinaire, on en trouve un peu partout dans le système solaire. Mais les scientifiques ne s’attendaient pas à en trouver dans de telles quantités. Surtout quand on considère la quantité d’azote présente dans la comète. Il y a là un paradoxe qui remet en question nos connaissances sur la formation des comètes.

En effet, selon les modèles actuels, la présence d’une forte quantité d’oxygène n’est pas compatible avec la quantité d’azote mesurée sur la comète. Tout simplement parce que les modèles actuels impliquent des températures de formation de la comète différentes si on se fie à la quantité d’oxygène mesurée (température de formation inférieure à 30°K) ou si on se fie à la quantité d’azote mesurée (température de formation supérieure à 30°K). Ces données vont donner du grain à moudre aux chercheurs pendant un certain temps !

Une énigme à résoudre

Par ailleurs, un autre sujet va occuper les thésards et donner lieu à tout un tas de manipulations en laboratoire pour essayer de résoudre un mystère relevé par Rosetta. En effet, quand on mesure les molécules du « dégazage », de la queue de la comète, on observe une parfaite corrélation des quantités d’eau et d’oxygène. Ce qui signifie que l’oxygène a été piégé dans les molécules d’eau. Mais à l’heure actuelle des connaissances scientifiques, on est incapables d’expliquer comment l’oxygène a pu être piégé dans la glace d’eau de la comète. Aucune expérience n’a jamais été faite dans ce sens, aucun calcul jamais tenté pour l’expliquer. Cette configuration eau-oxygène est parfaitement inédite. Personne ne s’était donc jamais posé la question, ce qui fait dire à Olivier Mousis : « Ce qui est extraordinaire, c’est que l’imagination humaine ne dépasse passe ce qui se passe dans la nature. On n’avait jamais cherché à comprendre pourquoi l’oxygène se piégeait dans la structure de glace d’eau. Et maintenant il faut l’expliquer… et j’ai déjà plusieurs collègues se font des cheveux blancs à cause de ça ».

Enfin, les différentes données remontées par la mission vont probablement permettre de clore une alternative théorique qui subsiste depuis les années 70. Selon les modèles de formation du système solaire retenus, on suppose que la glace de la comète s’est soit formée en dehors du système solaire, soit à l’intérieur de celui ci. Les deux écoles qui se sont constituées autour de ces thèses contradictoires s’affrontent depuis des années sur cette question. Or il est très probable que les mesures effectuées par la mission Rosetta permettront de clore ce débat, comme nous l’a laissé entendre Olivier Mousis, à suivre sur CityPost…

Visionnez les deux épisodes de la version longue de l’interview d’Olivier Mousis.

Antoine Meunier

COMMENTAIRE


Laisser une réponse