Rejets en mer d’Alteo : les écolos ne baissent pas la garde

ENVIRONNEMENTPublié le 2 février 2016

Alteo vs Calanques. Sur ma gauche, l’usine Alteo, spécialisée dans la production d’alumine depuis 120 ans et leader mondial dans ce secteur. Sur ma droite, les calanques, espace naturel protégé depuis 2012 situé entre Marseille et Cassis. Un énième round à un fort enjeu. Les boues rouges mordent le tapis. Il est illégal de les déverser en mer depuis le 1er janvier. Mais pour encore six ans, Alteo peut rejeter ses eaux de traitement, « apurées à plus 99% » d’après un communiqué, dans la mare nostrum. Le préfet, arbitre du combat, a rendu ce verdict. Victoire au point.

Sauf que la défaite est amère pour pas mal de supporters des calanques, aficionados de l’écologie. Un millier d’entre eux s’est réuni sous les fenêtres de la préfecture samedi 30 janvier. Parmi eux, Henry Augier, spécialiste des pollutions, prend le micro : « le Parc national des calanques est le seul parc au monde discrédité par une autorisation de polluer et de tuer la flore et la faune marine ! » D’après lui le problème des eaux de traitement, également chargées en métaux lourds, est différent de celui des boues rouges, mais pas moins dangereux. « Les eaux ont une densité plus faible que les boues et ainsi elles remontent en surface et sont dispersées dans la mer au gré des courants et des vents. Elles peuvent ainsi contaminer l’ensemble de l’écosystème », indique le professeur retraité.

Le « zéro rejet », pas le « zéro rejet »

Ce jour-là, à la manifestation, ils sont nombreux à parler du « zéro rejet en mer ». D’aucuns affirment que les techniques pour traiter à 100% les eaux existent déjà. Les eaux pourraient ainsi être réinjectées dans les nappes phréatiques ou utilisées dans l’industrie. Mais l’entreprise, plus soucieuse de ses marges que de l’environnement d’après certains, n’y mettrait pas franchement du sien pour aller dans ce sens. Reste qu’à l’heure actuelle, l’entreprise gardannaise agit en toute légalité. Le président du Parc national des calanques, Didier Réault, n’est pas non plus opposé aux rejets en mer : « l’objectif c’est d’être dans les normes européennes et, si possible, le plus proche du zéro en matière de pollution. Si on demande zéro rejet à Alteo il faudra faire pareil avec le Rhône ou l’Huveaune… Ce n’est pas possible. » De quoi renvoyer les combattants dans leurs coins respectifs.

Les défenseurs des calanques conservent encore un espoir : le recours hiérarchique. En effet, Ségolène Royale, ministre de l’environnement historiquement opposée aux rejet d’Alto en mer, a annoncé que le « combat contre les boues rouges continue » sur France 5 le lendemain de la manifestation. Elle est en effet saisie d’un recours hiérarchique, c’est-à-dire un réexamen du dossier. Elle a donc deux mois pour faire retirer l’arrêté préfectoral et interdire les rejets de l’usine Alteo par voie d’arrêté ministériel. Les rounds se succèdent, toujours pas de K.O…

Hugo Lane
@LaneHugo

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